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La Diablesse aux 1000 Visages

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13 décembre 2020

L'Homme qui ne vécut que pour aimer (Koshoku ichidai otoko) 1961 Yasuzô Masumura

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Yonosuke ne veut pas marcher sur les traces de son père, penses-tu, ce radin qui croit que le plaisir ultime dans la vie, c’est d’amasser un max de blé. Il sait bien, lui, que la seule chose qui compte ce sont les femmes. Toutes des déesses, et ce qu’il veut vraiment, c’est rendre heureuses toutes les femmes du Japon (surtout les mignonnes). Masumura adopte une forme picaresque, ridiculise le bushido (vaut mieux mourir dans les bras d’une frangine qu’au fil de l’épée, y’a pas photo), et en profite pour dénoncer le sort des femmes dans ce Japon encore moyenâgeux (soit tu subis ton mari bourré du matin au soir, soit t’es une sorcière et tu te retrouves aussi sec pendue ou décapitée, sinon tu peux faire geisha aussi). Certaines scènes annoncent la beauté des étoffes glissant sur les épaules blanches de Tatouages. Cela aurait pu donner un bon film, ne serait-ce ce ton de comédie potache et le jeu dans le même sens de Raizo Ichikawa. On pense très vite à ce qu’Imamura en aurait fait. (vu en 2020)

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10 décembre 2020

État de siège 1972 Costa-Gavras

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Dans un pays d'Amérique latine, un commando de gauche enlève l'ambassadeur du Brésil et un expatrié américain qu’ils soupçonne de turbiner pour la CIA. On assiste à la présentation des forces en présence, le gouvernement à la solde des Etats-unis, les escadrons de la mort, le groupe clandestin de gauche, les journalistes, les étudiants… et à la façon dont les US infiltre le pays et y forme des officiers aux techniques de torture et de répression (d’annihilation?) envers tous ceux qui se trouvent un peu trop du côté de la liberté. La mise en place des enlèvements, les ballets des voitures, les fouilles des militaires, la situation d’heure en heure, Costa-Gavras arrive à montrer tout ça très clairement, comme un bon prof, sans que l’on ait l’impression d’assister à un exposé, et en intéressant son auditoire (on dirait même qu'il y prend même du plaisir, le bougre, et pourquoi pas, einh ?). Il réussit parfaitement aussi bien ses scènes musclées que ses interrogatoires ou les débats au parlement. Pas question de suspens, on n’est pas là pour ça, donc il nous montre l’issue dès le début. Édifiant. (vu en 2020)

10 décembre 2020

Mank 2020 David Fincher

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Brillamment illustratif, la reconstitution est l’exécution sont nickels, avec leurs lots de références et de name dropping (dont beaucoup nous échappent, évidemment). Illustratif donc, parce qu’on sent David très concentré sur la technique (comment filmer les années 30 en 2020) et sur l’Histoire, et n’a  guère l’opportunité de développer de réflexion, mais loin d’être désagréable, super beau, et dans la filmo de fincher, qui a des hauts et des très bas, il se tient bien. D’ailleurs Fincher nous parait être un cinéaste qui pousse loin la représentation mais qui se passe de réflexion (c’est peut-être le point le plus intéressant chez lui), ou plutôt dont la représentation est la reflexion, là où Citizen Kane faisait les deux. Certes, Gary Oldman est un peu trop dans la course à l’oscar, mais on le suit, lui et ses bons mots, sans déplaisir, comme le film. (vu en 2020)

9 décembre 2020

Citizen Kane 1941 Orson Welles

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Il parait que c’est LE meilleur film de tous les temps pour des siècles et des siècles, amen. Du coup je l’ai regardé sur mon ordi, histoire de désacraliser la chose. Oui c’est impressionnant, on sent un appétit d’ogre à vouloir remplir chaque plan d’idées, plans par ailleurs baroques, magnifiques (cette façon dingue de distribuer ombres et lumières, et bien sûr cette profondeur de champ vertigineuse, ce grand angle qui tend parfois à donner aux images la force d'une caricature). Les images sont toujours chargées d’énormément de détails, mais toujours extrêmement lisibles. C’est une immense construction pleine de recoins qu’on ne finirait jamais d’explorer, à l’image de Xanadu. Et dans tout ça, le petit détail sur lequel le film, et cette vie, sont construits, joli. On nous parle de la corruption des idéaux par le pouvoir et l’ambition, d’un homme qui a tout mais ne peut avoir l’amour d’une femme, de la puissante nostalgie de l'enfance perdue. Difficile de ne pas imaginer que Welles ne nous parle pas de lui-même. Devant ce monument, depuis mon canapé, je me permet de relever qu’il m’est difficile de me laisser à l’émotion que le film veut susciter, trop eclipsée par la cette forme brillante (j’avais le même sentiment pour la soif du mal). (vu en 2020)

8 décembre 2020

Le gars des vents froids (Karakkaze yarô) 1960 Yasuzô Masumura

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Takeo, yakuza de son état, sort de prison et doit batailler avec un gang rival, de plus il rencontre la mimi Yoshie, qui le poussera vers la sortie. Cette trame qu’on a déjà vu 1053 fois depuis est ici menée d’une manière quelque peu anonyme par Masumura, dont on attend un peu plus. Sans être mauvais, il ne donne guère vie à ces yakuzas, à ces quartiers, bref il assure le minimum. On dirait que le film est un véhicule pour Yukio Mishima, on sent qu’il a dû prendre du plaisir à jouer ce mec tout en muscle et en cuir, mais son jeu est assez limité, et il a cette tendance à vampiriser chacune de ses scènes. (vu en 2020)

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6 décembre 2020

La Légende de la sirène (Ningyo densetsu) 1984 Toshiharu Ikeda

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Dans une petite ville côtière, une femme est témoin du meurtre de son mari, assassiné par une bande d’homme d’affaires pourris, qui aimeraient bien construire une centrale nucléaire dans le coin. Un film plutôt surprenant, qui commence comme une chronique de cette petite ville, avec un triangle formé par un couple de pêcheurs tout juste marié auquel vient s'ajouter l'ami d’enfance du mari, fils d’une famille de nantis. La nuit, les hommes se retrouvent dans un bar pour se saouler la gueule et maudire leur vie misérable, la journée on assiste à la pêche aux abalones à laquelle s'adonne le jeune couple (elle plonge, il tient la corde, la confiance et le lien). C’est assurément un bon point du film de faire vivre ce genre de bourgade japonaise rarement vue au cinéma. Puis ça devient sentimental, façon amour fauché net et qu’est-ce qu’on devient après. Alors qu’on ne sait pas encore vers quoi le film nous emmène vraiment, Ikeda balance une scène de bête à deux dos qu’on dirait sortie d’un film rose, puis révèle ses intentions en empruntant la voie du film de vengeance avec généreux geysers de sang (il y a indéniablement un truc entre l’héroïne et le liquide). Ajoutons le rapport animiste de la femme avec la mer, la diatribe contre le nucléaire, et à la fin on a un conte sans doute un peu approximatif dans son écriture et sa mise en scène, mais attachant, et puis j'ai un faible pour les films de vengeance au féminin. (vu en 2020)

5 décembre 2020

Testaments de femmes (Jokyô ) 1960 Yasuzô Masumura, Kon Ichikawa, Kôzaburô Yoshimura

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Film à sketch mettant en scène trois histoires de femmes vénales (si c’étaient des hommes, on aurait dit ambitieux). Masumura est aux commandes du premier, pour lequel il retrouve Ayako Wakao. Elle travaille dans un club, essore le portefeuille des pigeons qui croisent son chemin, et trouve toujours une excuse pour ne pas finir dans leur lit. Jolie petite fable façon tel est pris qui croyait prendre, dont elle sort la tête haute . Le second par Ichikawa est très beau, Fujiko Yamamoto (quel profil !) y séduit sa proie en adoptant la grâce d’un fantôme (japonais). Le troisième est plus mélo et moralisateur, mais pas désagréable. On passe un bon moment grâce aux trois actrices et au talent des réalisateurs, ce qui est déjà très bien pour ce genre de film souvent inégal. (vu en 2020)

5 décembre 2020

L'Évadé d'Alcatraz (Escape from Alcatraz) 1979 Don Siegel

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L’évasion de Frank Morris d’Alcatraz. De l’arrivée à l’évasion, le script met un point d’honneur à aligner tous les éléments du film de prison, en évitant soigneusement d’y apporter quoi que ce soit d’original. Notons le parti pris astucieux de ne jamais parler des crimes commis par les prisonniers. Manifestement, Don Siegel croit à son scénario et à l’authenticité des lieus, et filme tout ça efficacement, sans esbroufe, et ça lui réussit, il n'était sans doute pas facile de se tirer de tous ces lieux communs du film de prison . On a l'impression d’avoir vu ça 342 fois, mais on suit la chose avec grand plaisir. Il fallait que le directeur de la prison soit à la hauteur, la bonne idée étant d’avoir pris Patrick McGoohan himself (ah ah), impeccable. (vu en 2020)

5 décembre 2020

Evil dead 2013 Fede Alvarez

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Quelle idée stupide que de remaker Evil Dead, et périlleuse avec ça. Comme il est impossible de rivaliser avec la folie de l’original, l’idée adoptée ici est d'évacuer l’humour, de garder le gore  et d’y rajouter une histoire inutile de desintox et de conflit familial, dont on se fout royalement. Autant dire d’ignorer tout ce qu’il y avait de bon et d’en faire un film d’horreur comme les autres. En voyant cette version 2013, on se dit que le gore pour le gore, et c’est manifestement le concept à l'œuvre ici, eh ben c’est chiant, et pourtant Alvarez ne se prive pas pour envoyer la sauce. Un des problème est qu’il est trop préoccupé à faire de l’image léchée, les chairs maltraitées et autres démembrements ont finalement un côté propet, tout comme la moralité intacte des personnages. (vu en 2020)

2 décembre 2020

Mimic 1997 Guillermo del Toro

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Une scientifique crée une race d'insectes assez balaise pour venir à bout d’une épidémie véhiculée par les cafards grouillant sous NY. Ils ne sont pas censés se reproduire. Mais trois ans après, évidemment, ils réapparaissent, plus grands que toi, se tenant sur deux pattes, et ils ont la dalle. La production difficile de ce film est connue, est-ce pour ça qu’il est finalement si peu satisfaisant ? Il faut reconnaître à Del Toro une capacité à créer un univers en quelques plans : son NY pisseux et son bas-ventre peu ragoutant sont assez réussis (on note au passage une influence Se7en, sorti deux ans plus tôt), avec finalement peu de moyen, ses insectes sont pas mal. C’est dommage, parce que le reste laisse perplexe, on note les problèmes au fur et à mesure qu’ils apparaissent. En premier lieu cette séquence d’ouverture facile et vite expédiée, ce casting de sitcom qui fait n’importe quoi (il y a des gros insectes dangereux trop bizarres dans les lignes de métro désaffectées, allons voir chéri, et ne prévenons pas les autorités), l’astuce de la stérilité de l’héroïne qui n'apporte rien (les cafards géants sont ses enfants, elle a conçu les femelles pour être stériles, et elle n’arrive pas à tomber enceinte, bon...), la fin aussi facile et vite expédiée que l’ouverture, avec happy end violoneux. On regarde tout ça s'enchaîner en reconnaissant quelques audaces, sans acheter la chose, qui ne fonctionne jamais vraiment. (vu en 2020)

1 décembre 2020

Let the bullets fly (Rang zi dan fei) Wen Jiang

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En gros, c’est la lutte de deux truands dans un village chinois en 1920, qui rappelle la trilogie du dollar (ou Yojimbo), pour ses chassés-croisés entre personnages, et le tout peut être définitivement qualifié de western. Je ne peux pas tout à fait dire si tout ça vaut la peine, vu que j’ai piqué du nez après 30 minutes. Peut-être était-ce le coup de barre du dimanche après-midi, mais le film n'a pas aidé: les plans ont une durée moyenne de 0,35 secondes, et ça cause ! Je suis allé télécharger un fichier de sous-titres pour m’en rendre convaincre : 2450 entrées pour 2h10. Le Parrain ou La Porte du Paradis en ont 1200. Bref ça cause tellement (sous-titres anglais, pas tout compris…), le montage est tellement cut, j’étais complètement dépassé (ça doit être l'âge), j’ai arrêté de lutter et j’ai dormi pendant les trois quarts. Ce qui ne m'empêche pas de dire que ce que j’ai vu est très moyen, mais il parait que sans baigner dans la culture chinoise on ne peut saisir toutes les allusions derrière les dialogues et situations. A part ça, les effets spéciaux numériques, secondaires, font malgré tout pitié, et Jiang Wen fatigue vite en Robin des bois qu’a tout compris à la vie. Et, sérieusement, qui a envie de voir Chow Yun Fat de nos jours ? Gu Ye m'a paru plutôt bon, Carina Lau également, mais elle est vite eclipsée du récit. Peut-être que si on l'avait regardé samedi soir... (vue en 2020)

1 décembre 2020

Voyage a Tokyo (Tôkyô monogatari ) 1953 Yasujirô Ozu

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Un couple âgé entreprend un voyage à Tokyo histoire de rendre visite à leurs enfants, qu’ils n’ont pas vu depuis des années. Les retrouvailles consommées, ils se rendent vite compte qu’ils sont de trop. Eh bien je suis tout surpris (honteux ?) de ne pas avoir été particulièrement ému, tant j’étais concentré sur le style, immédiatement reconnaissable, clair, limpide, économique, hyper lisible (mais pas invisible), ignorant l’événement, enregistrant l’ordinaire (comme j’aimerai dormir dans une de ces petites maisons), la vie telle qu’elle est. Tu vois un photogramme d’un film d’ozu, tu reconnais tout de suite son auteur. Puis, les heures, les jours suivants, tout le contenu émotionnel terrible du film m'apparaît, ce voyage est le dernier, ce couple est déjà mort. La retenue, la pudeur d’Ozu pour les sentiments de ses personnages est admirable, au point de presque rendre choquant les épanchements à la fin. Et je me demande encore si la remarque que fait Shukichi sur la beauté du lever de soleil est une leçon de zen, une superbe façon de n’enquiquiner personne avec son chagrin, ou tout simplement une des plus belles et surprenantes scènes que j’ai vu depuis longtemps. (vu en 2020)

28 novembre 2020

Les Géants et les jouets (Kyojin to gangu) 1958 Yasuzô Masumura

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C’est la guerre du caramel dans le japon d’après guerre. Dans les départements publicité, c’est à qui aura la meilleure idée. En 1958 déjà, Masumura brosse le portrait d'une société japonaise décérébrée (qu'on étend sans problème a l'occident, on est pas comme ça), de ces grands groupes industriels qui ont décidé d’occuper le temps de cerveau disponible de chacun afin de l’empêcher de penser et de vendre leur produit (oui, ça fait penser à quelques uns qu'on connait). Les caramels World vont avoir une idée qui aura de l’avenir : fabriquer une starlette puis s’en servir pour promouvoir leur fléau dentaire. Le discours du responsable du département est édifiant : “Ils valent moins que des chiens. Ils ne pensent pas. Ils travaillent comme des esclaves puis se saoule le soir venu. TV, radio, films, jeux, ils n’ont pas le temps pour penser. C’est là qu’on intervient, on envahit leur tête vide avec notre message…”. Tu as dis visionnaire ? Masumura emballe cette critique féroce dans une forme pop acidulée dont le rythme ne nous laisse pas le temps de penser non plus. Il n’y a pas vraiment de personnages auxquels se rattacher, entre les membres du conseil d’administration et leur obsession des diagrammes orientés nord-est, le publiciste agressif, la starlette décérébrée, même l’assistant qui semble avoir encore une conscience finira par suivre le mouvement, on ne comprend d’ailleurs pas trop pourquoi, ça doit être un truc typiquement nippon. Cette femme bossant pour une société concurrente, et accessoirement l’amante de l’assistant, semble un personnage intéressant, pas assez développé à mon goût. (vu en 2020)

26 novembre 2020

Courant chaud (Danryû) 1957 Yasuzô Masumura

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Yuzo est chargé de redresser les finances d’un hôpital, et par là-même la fortune de la famille qui le détient. Une infirmière craque pour lui, lui même n’est pas insensible au charme de la belle fille des propriétaires. On a affaire à une histoire où les intrigues amoureuses se mélangent aux intérêts personnels des nombreux personnages, Yuzo, droit dans ses mocassins, étant le seul qui ne poursuit aucun but sinon mener à bien la tâche qui lui a été assignée. Malgré sa loyauté et son désintéressement, ou à cause d’eux, il sera poussé dehors par à peu près tout le monde. Le constat de Masumura sur ses contemporains n’est pas reluisant, tout le monde ne pense qu’à sa situation, seul l’amour inconditionnel de l’infirmière semble trouver grâce à ses yeux. Pourtant il ne force jamais le trait, préférant se concentrer sur le rythme de son récit, diablement efficace. Il réussit tout, les confrontations dans les bureaux, les demandes en mariages sur la plage, les coups de poings dans la gueule ou les aveux par-dessus un bol de ramen. L'œil s’attarde sur un profil en contre-plongée, sur cette manière dynamique de meubler le cadre propre au réalisateur. Je pense sincèrement que ce gars était si doué qu’il semblait pouvoir raconter n’importe quoi. (vu en 2020)

25 novembre 2020

Showgirls 1995 Paul Verhoeven

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Oui ça parle d'Hollywood, c’est connu, et il y a quelque chose de libérateur à voir ce monde clos (entre les deux plans d’autostop, on est “à l’intérieur”, il n’y a jamais d’horizons) exposé ainsi. Verhoeven parle de la vulgarité (entre autre) et utilise les armes de l’ennemi contre lui : la mise en scène est très belle, virevoltante, mais tout est kitsch, vulgaire, outré, du plus mauvais goût, parce que c’est comme ça, et parce qu’il aime ça ; il pourrait faire sienne la citation d’Helmut Newton : "il y a deux obscénités en photographie : l’art et le bon goût". Les rares personnages “du bon côté" s’en prennent plein la gueule, et les autres, eh bien, baise et ramasse le fric. Le bas de la pyramide est glauque, mais Nomi découvre que plus on s’élève, plus c’est dégueulasse. Derrière la version sexy trash d’Eve, un film de guérilla. (vu en 2020)

24 novembre 2020

Jeune fille sous le ciel bleu (Aozora musume) 1957 Yasuzô Masumura

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La petite Yuko, élevée à la campagne par sa tante, part pour Tokyo, histoire de renouer des liens avec sa famille et de chercher sa vrai mère, eh oui son papa a fricoté avec une secrétaire à l’époque. Sa belle mère l’accueille froidement et en fait une boniche. Quel bonheur de découvrir ce joli film de Masumura, sorte de drame sentimental léger, concis, frais encore aujourd’hui et sans doute pour longtemps. Ayako Wakao y est charmante, elle n’a pas besoin d’en faire des tonnes, son personnage semble sortir d'elle sans effort. Masumura s'intéresse aux femmes et au Japon de son temps, loin de la tradition mais aussi de ce cinéma contestataire qui commence à apparaître dans l’archipel, bref il fait son cinéma à lui, et c’est si bien qu’on se sent d’attaque pour n’importe lequel de ses films. (vu en 2020)

24 novembre 2020

Doux, dur et dingue (Every which way but loose) 1978 James Fargo

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Philo aime la castagne et son orang-outan. Il s’amourache d’une chanteuse country pas très nette, file une rouste à un gang de motard décoré de croix gammées (et une autre à un flic). Clint continue d’apporter des nuances à son personnage d’anti héros, plus fin que certain pourrait penser. Le film précédent était un passage en force bourrin (L’Épreuve de force), celui-ci est une ballade cool, tendre et jamais dramatique, parfois drôle et subtilement pudique, un véhicule parfait pour que s’y exprime l’intérêt de Clint pour l’americana. J’en ai retardé la vision, je craignais d’y trouver un film un peu ringard, une erreur de parcours, je me trompais, évidemment. La mamie (Ruth Gordon, Rosemary’s Baby) qui tient en joue les motards avec son fusil rappelle Mad Max qui sortira un an plus tard. Et alors ? Rien. (vu en 2020)

23 novembre 2020

La Chambre bleue 2014 Mathieu Amalric

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Un homme, sa femme, sa maîtresse. Un meurtre. D’accord pour la construction habile qui nous laisse dans l’ignorance le plus longtemps possible quant à l’identité de la victime (la maîtresse? L’épouse? Le mari gênant?), et d’accord sur la fin, où on ne saura pas vraiment qui l’a tuée (me semble bien que c’est la vieille, moi…), il s’agit plutôt de raconter cette histoire de passion sexuelle irrésistible, et comment elle ruine une vie.  A moins que ce ne soit la profondeur contre la surface. On est constamment dans la distance, la référence. Le gros plan du sexe après l’amour de la maîtresse évoque forcément Courbet. La maison du gars fait très Ike’art. Les vacances évoque Martin Parr. Et ce plan des deux amants à la fenêtre pendant un orage ne m’évoque rien, mais évoque sûrement quelque chose pour Amalric, et son lyrisme est un peu déplacé. Dans le bureau du procureur, montrer l’interrogatoire ne suffit pas, il faut faire des gros plans sur l’écran de la greffière, sur les dossiers, etc. Ce style très formel, ce découpage au scalpel, ces référents, se veulent savants, et on regrette qu’Amalric ne se soit pas emparé de son sujet avec la frontalité qu’il aurait fallu, on sent qu’il aimerait bien appeler un chat un chat, mais s’en trouve empêché par, peut-être, son bagage intellectuel, comme on dit. On est donc tenu à l’écart de cette passion et de ces pulsions, on est dans leur dissection, la mise en scène a la froideur du bistouri. Et c'est moi ou la plupart des acteurs (hormis Amalric et Poitrenaux) disent affreusement mal leur texte ?  (vu en 2020)

20 novembre 2020

Torso (I corpi presentano tracce di violenza carnale) 1973 Sergio Martino

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Nul besoin de résumer la chose tant on est dans un script de giallo hyperclassique : des victimes tuées à l’arme blanche par une main gantée de noir, des suspects potentiels, la clef qu’il faut déchiffrer parmis ce que l’on croit avoir vu, le trauma du tueur progressivement dévoilé par des flash backs, etc. C’est la limite de ce genre si codifié, on porte donc son attention sur l’exécution. Eh bien ça m’a bien plu tout ça, malgré ses limites. On y trouve une certaine idée de l’italianité, les femmes est les hommes y sont beau, les villes, les campagnes sont bien agréables, baignées par le soleil, peuplées par des habitants exubérants, on y fait l’amour dans une voiture garée sous des piliers d’autoroute (c’est des clichés tout ça ? Allons…). Le script n’est pas le point fort, on devine sans peine qui est le tueur (moi qui croyait que la culture était un remède à la violence…), son trauma initial est risible, on connaît l’histoire par cœur, pourtant Sergio Martino assure une belle mise en scène et nous ballade dans tout ça confortablement, ne se privant pas de flatter son spectateur avec un érotisme tout transalpin (Monsieur préfère les seins, c'est clair) et avec une bande originale qui fait plaisir. Capiteux comme un fruit trop mûr. (vu en 2020)

19 novembre 2020

Les Baisers (Kuchizuke) 1957

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Kinichi et Akiko se rencontrent en rendant tous deux visite à leur père respectifs… en prison. Ils passent la journée ensemble, puis se quittent plus ou moins fâchés. Conquis par les quelques Masumura vus jusqu’alors, je me lance dans sa filmographie, dont Les Baisers est sa première réalisation. Belle petite histoire racontée en 1h15, jeunesse japonaise en ces années 50 finissantes, en rupture avec la tradition, envie de s’amuser, de se libérer du passé familial, de se faire sa place. Tout l’enjeu pour ces deux jeunes gens est de choisir quelle voie ils suivront, Kinichi s’affranchira-t-il de ses indignes de parents en choisissant Akiko, cette dernière fera-t-elle de son corps un produit afin d’obtenir la caution pour faire sortir son vieux de taule (déjà qu’elle est modèle pour peintre...) ?, bref choisiront-ils de se vendre ou de rester entier, se résigneront-ils à devenir ce que leur entourage souhaite, ou donneront-ils une chance à leur sentiments naissants ? Le sort de l’un est entre les mains de l’autre. Pas de kimono ni de tatami, mais des pères en prison et une mère qui a largué les amarres, un bord de plage et des maillots de bain, une patinoire et une discothèque, des baisers et des coups de poing. (vu en 2020)

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