
Pour empêcher sa femme de demander le divorce, Bruce, le riche propriétaire de paquebot (Colin Clive, parfait en salaud de mari) veut la piéger en simulant un flagrant délit d’adultère . Justement, Paul (Charles Boyer, trop french lover pour être vrai, on est à Paris) passe par là, se fait passer pour un voleur de bijoux, allonge le faux amant, et kidnappe pour de faux Irene, histoire de ne pas amener de l'eau au moulin du mari. Évidemment ils tombent amoureux. Bruce, qui a tout flairé, occit le faux amant et fait porter le chapeau à Paul, puis rentre à New York avec Irene. Paul, qui s’avère être un maître d’hôtel et qui n’a rien compris au film, la suit avec son cuisinier Cesare mais New York c’est grand. Ils reprennent donc un restau, en font LE restau, et attendent qu’Irene y vienne dîner. Quand c’est chose faite, ils prennent le bateau pour Paris afin d’innocenter un inconnu qui est condamné à tort pour le meurtre du faux amant, et se prennent un iceberg en route. Ouf, ils seront sauvés, de plus le mari se suicide (le naufrage du bateau c’est un peu sa faute, c’est le sien et il voulait battre un record malgré les mauvaises conditions météo), en laissant une note dans laquelle il confesse son crime. On n’est jamais touché par ce couple, après tout il s’agit d’une riche bourgeoise qui tombe pour un archétype du french lover, et Charles Boyer et Jean Arthur, pourtant impeccables, n’est pas un duo qui fait rêver, mais le projet de Borzage est sans doute ailleurs : faire de ce film une ode au romantisme à travers l’accumulation de genres, de la comédie au film noir en passant par une catastrophe à la Titanic. Si l’on est pas touché par le couple, on l’est certainement par la virtuosité de l’ensemble, jamais ostentatoire. La mécanique du scénario est irrésistible, sans temps mort, relançant sans cesse l’intérêt, ne dévoilant que ce qu’il faut au moment où il faut. Borzage à un style magnifique, un montage fluide, un grand sens du rythme, des valeurs de plans, et en compose de superbes où l’on reconnaît l’influence du cinéma expressionniste allemand. Ainsi l’histoire d’Irene et Paul n’est là que pour être au service de ce superbe écrin.