The Fighting generation 1944 Alfred Hitchcock
Breezy 1973 Clint Eastwood
Clint délaisse la question morale et la love story, autant de pièges, et traite avec finesse ce personnage d'homme vieillissant qui, à la source fraîche de cette adolescente, prend conscience du dessèchement de son coeur et de ses idéaux.William Holden est très bon, et Clint fait preuve de tact et de modestie. On le connaitra moins subtil. (vu en 2020)
Le Chateau de l'araignée (Kumonosu-jô) 1957 Akira Kurosawa
Très, très impressionné par celui-là. Encore une fois AK conçoit une oeuvre destinée à rester : la rencontre avec la sorcière (croyait que c'était un mec moi), révélée par cette incroyable lumière spectrale, psalmodiant sa chanson du ton le plus triste qui soit, c'est à tomber. On ne sait jamais très bien si elle est l'initiatrice de la tragédie à venir, ou si elle en a seulement la prescience. Il faut voir Toshiro Mifune, tout en grands gestes et froncement de sourcils, (il est mignon avec son mille-pattes dans le dos), son jeu a quelque chose de la marionnette, du pantin dont on tire les fils (sa femme ? la sorcière ?). On est pas près d'oublier non plus la façon flippante qu'a sa femme de se déplacer, tout en immobilité, son visage comme un masque, sublimement joué par Isuzu Yamada. Les précédents films d'AK n'étaient pas drôles, mais il y avait toujours un gars qui essayait de faire de son mieux, de continuer d'y croire. Personne pour y croire encore ici, on est dans le coté obscur du maître, et c'est une de ses plus grande oeuvre. La musique est glaçante, la photo construit des à-plat, supprime les volumes (tout est gris, pris dans le brouillard) dans des plans souvent symétriques, de face, les décors sont dépouillés. Tout ceci participe d'une esthétique trouvant sa source dans le théâtre japonais (et tu peux me croire, j'y connais rien), c'est flagrant dans les scènes d'intérieurs comme celle du couple dans la salle à la tâche de sang (brrr) ou celle du banquet (pô très festif). D'ailleurs on n'assiste jamais aux batailles, seulement à leurs rapports. C'est d'une beauté sinistre, extrêmement maîtrisé (sans que ce soit gênant, AK ne se regarde pas filmer), puissant, fait du fracas des armes d'hommes dévorés par leurs ambitions, et de la rêverie triste et morbide des spectres de l'au-delà. Bon, à part ça, j'ai toujours rêve que ce soit Akira Kurosawa qui filme l'adaptation du seigneur des anneaux, ça aurait eu de la gueule. (vu en 2020)
L'Ombre d'un doute (Shadow of a doubt) 1943 Alfred Hitchcock
L'oncle Charlie débarquant chez les Newton, c'est comme le loup de Tex Avery envahissant Disneyland. Joseph Cotten est parfait, qui chie sur l'humanité entière (faut le voir quand il se laisse aller devant la p'tite famille), malgré tout on se range du coté de sa nièce Charlie, bien mignone et innocente ; son monde est bien soporifique, mais haïr la terre entière, c'est pô marrant non plus. Deux visions du monde quoi. La relation télépathique entre les deux est annoncée par les deux plans symétriques qui les introduisent, les montrant s'emmerdant sur leur lit. La fin dans le train est superbe, une tentative de meurtre comme un ébat amoureux, la mort de l'autre en guise d'orgasme libérateur (Hitch le précurseur du giallo, encore). On a des pointes d'humour qui viennent alléger cette trame très sombre ; les remarques des gamins ou les discussions du patriarche avec son pote, dont le hobby est d'imaginer le meurtre parfait, marrant. La nièce Charlie passe par un parcours effrayant par lequel elle quitte son monde enfantin et se découvrir adulte. Peut-être fondera-t-elle un foyer sur le modèle de ses parents, ou peut-être assassinera-t-elle son bénêt de mari, par désoeuvrement, qui sait ? (vu en 2020)
Le Cercle rouge 1970 Jean-Pierre Melville
Les criminels et les policiers du Cercle Rouge appartiennent au même monde ("tous coupables"). Ils accomplissent leurs tâches avec méthode, tendus vers leur but, avec une foi inébranlable. Ils existent par leurs gestes, l'immobilité leur est fatale (les habitants du placard), en cela ils sont des héros bressoniens. Ils ne se définissent pas par leur paroles ("Je ne peux pas te dire qui je suis en gardant les mains en l'air"), le film est peu bavard. Ils sont à l'image de Melville, qui confectionne son film avec le même soin maniaque que ses personnages accomplissent leur casse, la même économie, la même sobriété, la même foi absolue dans le cinéma. Son monde est un espace mental (il n'est pas question de réalisme, de pittoresque à la Sautet) où les hommes baladent leur solitude dans des villes grises et des campagnes marronnasses. C'est une évidence de dire qu'ils n'ont ni psychologie ni affects, ils sont des moines, interprétés par des acteurs au jeu minimal qui trouvent là leur meilleur rôle. Qui est cette femme qui offre une rose rouge à Alain Delon dans ce night club ? Il esquisse un début de sourire, par là même se laisse distraire une unique fois, et on sent qu'il précipite sa perte. Cette femme à la rose était un signe qu'il n'a pas su lire. Melville disait qu'une jolie femme ne l'intéressait que si elle pouvait jouer un rôle dans un de ses film. Le Cercle Rouge est pure cinéma (qui n'a pas été mélangé, simple, sans superflu, chaste), pure esthétique, absolu (sans restriction, sans limite, total), immense. (vu en 2020)
Cinquième colonne (Saboteur) 1942 Alfred Hitchcock
Il y a là-dedans une poignée de scènes incontournables de la filmo de Hitch ; le final sur la statue de la liberté, la fusillade dans le cinéma, superbe, mais aussi la scène dans la roulotte du cirque, celle du gars aveugle qui voit mieux que tout le monde, le gamin qui pleure en voyant les menottes aux poignets de Robert Cummings (une idée toute simple mais fallait y penser), l'utilisation des maquettes, et encore plein de choses inventives qui rappellent le meilleur de sa période anglaise. Quelques réserves néanmoins : d'abord ce scénario un peu brouillon (comment Robet Cummings s'échappe-t-il du garde manger ? Comment Priscillia Lane s'échappe-t-elle de la ville fantôme et comment gagne-t-elle New York ? Que va-t-il arriver au barrage ? Et ce couple très peu hitchcockien). C'est une tentative de refaire les 39 Marches aux états-unis, quand même loin d'égaler l'original. La prochaine sera la bonne. Hitch himself met le mieux le doigt dessus : "...je dirais que le script n'était pas assez rigoureux. Je n'avais pas l'esprit assez alerte pour dominer le scénario original. Il y avait là-dedansune masse d'idées mais elle n'étaient pas bien ordonnées et elles n'étaient pas sélectionnées avec suffisammant de soin ; j'ai l'impression que tout cela aurait dû être nettoyé et fermement rédigé avant le tournage. Cela prouve qu'une masse d'idées ne suffit pas à composer un film réussi si elles ne sont pas présentées avec suffisamment de soin et avec une totale conscience de la forme." (Hitchcock-Truffaut). (vu en 2020)
7h58 ce matin là (Before the devil knows you're dead) 2007 Sydney Lumet
Au début, tout ça parait excellent, mise en scène à l'ancienne, par un gars qui a du métier et qui n'a plus rien à prouver. Puis à la fin, on se dit qu'on a déjà vu ça trop de fois, que le film en rajoute exprès dans la noirceur ("tu ne savais pas ce qu'on pouvait faire pour du fric, maintenant tu le sais, Charlie"), qu'il en fait trop dans ce réalisme dramatique, qu'il n'a pas grand chose à dire sur son époque (ça pourrait arriver n'importe où, n'importe quand, alors que des auteurs comme les Coen (au bol) auraient amenés une époque, un contexte, et une distance bienvenue), et que sa construction morcellée en différents points de vue qui reviennent sur la même histoire n'est pas justifiée. Après tout, peut-être que Sydney Lumet avait quelque chose à prouver ; qu'il pouvait encore faire de bons films. Plus que mitigé donc. (vu en 2020)
L'Homme des hautes plaines (High plains drifter) 1973 Clint Eastwood
Deuxième réalisation et superbe western qui envoie du bois. On y sent Clint the man beaucoup plus sûr de ses choix, et c'est donc du tout bon, notamment l'acteur (quand n'est-il pas bon ?), en cowboy post-Léonien, une figure sans psychologie, tout en présence, en attitude, et en répliques sèches qui calment tout le monde. Bonne musique également, toujours à propos (Dee Barton). On est pas près d'oublier cette petite ville repeinte en rouge sang, au bord de ce lac (bizarre ça, une ville de western au bord d'un lac, d'autant qu'on voit pas grand monde dessus), ce décor théatral, minimal, qui plante cette histoire dans un espace abstrait, hors du temps. Coup de maître, moi je dis. (vu en 2020)
Soupçons (Suspicion) 1941 Alfred Hitchcock
Quand même, quel dommage que la fin ne soit pas à la hauteur (on sait que ce n'est pas celle qu'il souhaitait), on a sinon que des raisons d'aimer ce film. La scène du verre de lait of course, Cary Grant (me plait bien décidemment) est génial, les ombres qui emprisonnent la frêle Joan Fontaine dans la toile du doute. On y voit aussi une auteur de roman policier dont les idées de meurtres semblent inspirer Cary Grant, c'est délicieux. Note qu'on ne croit pas une seconde à sa sincérité, à celui-là. Ah, Heather Angel est craquante en soubrette, je dis ça comme ça (elle est aussi dans Lifeboat). (vu en 2020)
M. et Mme Smith (Mr. et Mrs. Smith) 1941 Alfred Hitchcock
Hitch s'essaie à la pure comédie, alors qu'il a plutôt l'habitude d'en saupoudrer ses drames. Pas désagréable, même charmant par moment, grâce à Carole Lombard. Quand même, on sent qu'il n'a pas trouvé là-dedans quelque chose qui l'intéresse, et du coup ce n'est pas un Hitch movie. On peut noter ce commentaire du couple, dont il est coutumier. (vu en 2020)
Joe Kidd 1972 John Sturges
On reconnait dans Joe Kidd une production Malpaso qui à foiré. Belle photo de Bruce Surtees qui compose de beaux plans de paysages lors de la montée de la vallée, et une jolie scène où Clint élimine un sniper, qui joue avec le bruit des détonations et le moment de l'impact pour signifier la distance qui les sépare. Mais, d'une part, John Sturges loupe ses scènes d'action (les fusillades du début et de la fin, le train qui défonce la baraque, qui ne donnent rien), d'autre part il y a de sérieux problèmes scénaristiques ; la copine de Duvall qui ne sert à rien, le retournement de Clint qui va aider Duvall, injustifié, pourquoi Duvall lui fais confiance puis cesse soudainement, la façon dont Clint se débarrasse des bad guys dans le village, trop facile, le gamin qu'on envoie prévenir Chama, le statut de Clint (c'est qui au juste ?), etc. Bref ça fait pas mal et ça donne un film pas térroche. C'est dommage, car on sent que mieux écrit, et réalisé par le maître, ça aurait pu être un très bon western Eastwoodien. (vu en 2020)
M. Butterfly 1993 David Cronenberg
Ce film est plutôt réussi, dans sa tentative de montrer un homme complètement aveuglé par son idéal amoureux, dans un renversement (j'aime bien les renversements) de Madame Butterfly, où la femme/l'asie se venge et ridiculise l'homme blanc/l'occident (d'où le M. du titre). Beaucoup aimé l'utilisation des décors, qui n'essaient pas de se faire passer pour the real thing, mais sont là en tant que tels, d'où cette impression d'être dans l'imaginaire de Gallimard. De même , les artifices sont toujours visibles : Butterfly (on voit bien que c'est un homme) apprenant même à Gallimard que dans l'opéra chinois, les rôles de femmes sont tenu par des hommes. L'artifice devient ainsi le coeur du film. Cronenberg dégraisse son récit comme il sait le faire, entremélant habilement cette atmosphère irréelle avec l'Histoire Gallimard choisit l'imaginaire et le travestissement plutôt que la réalité, devient acteur de cette supercherie, puis choisit de le rester une fois celle-ci dévoilée, plutôt que d'être le spectateur de sa propre tragédie ridicule. (vu en 2020)
Vivre dans la peur (Ikimono no kiroku) 1955 Akira Kurosawa
Peur du nucléaire, gueguerre de famille (on se dispute pour le fric), on sait que AK ne fait pas dans la comédie, mais là c'est particulièrement sinistre. Ça doit être le visage de Toshiro Mifune, crispé par l'angoisse, méconnaissable. Il en fait un peu beaucoup mais est toujours d'une présence impressionnante, c'est sûr. AK questionne la norme et la folie (par l'entremise de Takeshi Shimura, qui ne semble être là que pour ça), ne sommes nous pas fous de vivre inconsciemment alors que le danger nucléaire (ou la menace de ton choix...) plane au dessus de nos têtes ? Pas aussi fort ni plastiquement ni scénaristiquement que ses grands films, mais cohérent dans son oeuvre. (vu en 2020)
L'Inspecteur Harry (Dirty Harry) 1971 Don Siegel

Je me souviens de ma précédente vision, qui m'a laissé décontenancé, voir déçu, comme si je n'y trouvais pas assez de scènes cools comme l'attaque de la banque du début, pas assez de dirty Harry quoi. Cette fois, il m'a semblé voir un autre film, dur, froid, où Harry Callahan n'est pas l'attraction principale, mais subit plutôt la vision déséspérée de Don Siegel. Du coup sa mise en scène prend tout son sens, faisant fi du glamour, imposant une réalité renvoyant dos à dos un vieux système scérosé qui laissera bientôt place au politiquement correct, et la dégénérescence, le culte de la psersonalité de cette nouvelle époque. Dirty Harry n'y peut pas grand chose, n'y croit plus, et fini par jeter son insigne dans un lac des environs de la ville, sans personne pour le voir, pas par provocation mais par dépit. Ce sentiment déceptif, donc, pourrait bien être le véritable thème et se trouver à la base de son esthétique, et relègue notre flic aux répliques cools au rang d'un accessoire jetable. (vu en 2020)
Les Misérables 2019 Ladj Ly

Face à l'engouement général, la méfiance est de mise, évidemment. A juste titre ; je n'enlève pas à Ladj Ly un certain savoir faire, notamment celui de savoir conduire son récit sans temps mort, voir un goût pour la provocation, mais j'ai des réserves. Ce n'est bien sûr pas le premier à pointer le problème des banlieues, de l'intégration, et si une piqure de rappel ne fait pas de mal, il ne dit pas grand chose de nouveau. Ses personnages sont bien archétypaux, et ce qui doit arriver arrive... 25 ans après La Haine, y'a pas grand chose qui a changé. (vu en 2020)
Scandale (Bombshell) 2019 Jay Roach

Quelquefois, tu regardes un film et tu n'en pense pas grand chose, et tu passes à autre chose. C'est ce qui m'arrive ici, ou rien ne m'accroche vraiment, rien ne me déplait non plus. Zut, j'ai le droit. (vu en 2020)
Correspondant 17 (Foreign correspondent) 1940 Alfred Hitchcock

Encore un bon Hitch, j'aime bien la scène du moulin (les rouages du dit moulin comme rouages du suspens), le meurtre (maquillé) de Van Meer et le coup des parapluies, très élégant, mais aussi le gag de l'hôtel (hot europe, ah ah). Je suis un peu moins chaud à propos de Joel McCrea, et du coté propagande du bazar, par contre George Stevens est très bien, il donnerait envie de fumer à n'importe qui, et il fait regretter de ne pas avoir tourner plus avec Hitchcock tant il s'inserre bien dans son univers. (vu en 2020)
Les Proies (The Beguiled) 1971 Don Siegel

Clint se voit bousculé ici, en habile metteur en scène de sa propre image, chasseur et gibier, sujet et objet. Les films est très noir, tout le monde sera chasseur et chassé dans une redistribution des rôles entre mâle et femelles. Ce génycée n'est pas en reste en matière de pulsions en tout genre, même ce bout de chou d'à peine dix ans, qui mettra un terme à la vie de ce macho pris au piège de son propre jeu. Geraldine Page, fragile en apparence, furie au dedans, tient bien tête à notre Clint. Efficace, sulfureux, et très noir donc, puisque peuplé de personnages immoraux renvoyés dos à dos. (vu en 2020)
Rebecca 1940 Alfred Hitchcock

Hitch a beau dire que ce n'est pas un Hitch movie, c'est juste grandiose. C'est un véritable film de fantôme, le passé se substituant au surnaturel, la défunte Rebecca hantant chaque recoin du manoir, chaque instant du film, alors qu'on ne la verra jamais, même en peinture. La nouvelle Madame de Winter (dont on ignore le nom, étant ainsi encore plus perméable à cette invasion) est totalement vampirisée par le souvenir de la morte. L'autre grand personnage de cette histoire étant bien sûr Madame Danvers (Judith Anderson), pas près d'oublier sa silouhette, sa façon d'être toujours là, immobile et omniprésente (brrr), consumée d'amour pour sa maîtresse défunte (pas trop de doute quant à leur relation). La mise en scène et au cordeau, la tension ne se relâche jamais, alors qu'en définitive il ne se passe pas grand chose avant la fin. Photo à tomber, musique toujours à propos, casting au poil, le film a quelque chose de luxueux, voir luxuriant. Un indispensable et un classique de l'épouvante ghotique. Et de jolies maquettes. (vu en 2020)













